Eric, Ingénieur en développement, exerce aujourd’hui un «métier passion», mais pour en arriver là, il a dû passer par de nombreuses expériences, parfois difficiles, mais toutes plus formatrices les unes que les autres, voici son témoignage :
J’ai connu mon premier micro-ordinateur à 7 ans : une véritable révélation ! Depuis, je suis fasciné par cet univers qui permet de se livrer à une quantité considérable d’activités. Comme j’aime créer, construire et dessiner, mon attention s’est rapidement focalisée sur la programmation de logiciels et le graphisme sur ordinateur.
Après une scolarité moyenne et mon bac en poche, je m’inscrivis en fac de biochimie.
Je compris rapidement que je n’étais pas fait pour les longues études (et réciproquement). Après quelques errances pour trouver une autre filière, je choisis de régler la question du service militaire (qui à l’époque n’était pas encore aboli) et m’engageai alors dans les Alpes françaises pour 10 mois de chants virils et de marches au pas cadencé.
Une fois cette formalité accomplie, je retournai à la vie civile et pour ainsi dire, à la case départ.
Après quelques recherches, je décrochai un emploi de main d’œuvre intérimaire dans l’industrie chimique. La dureté des tâches à accomplir et l’absence de perspectives m’ont rapidement découragé de persister dans cette voie. Pourtant, presque sans diplômes et sans expérience particulière, j’étais coincé.
Un jour, à la faveur d’une pause, je tombai sur une annonce publiée par l’université que j’avais quittée 2 ans plus tôt. Elle proposait des cours du soir pour obtenir un DUT informatique. Les cours du soir, voilà la solution ! Je m’inscrivis donc à cet IUT, heureux d’avoir enfin compris l’intérêt d’étudier !
Premier job officiel d’infographiste
Ma mission d’intérimaire s’acheva au début de ma 1ère année de cours.
Je profitai de cette accalmie pour chercher un stage et je trouvai rapidement une entreprise disposée à m’accueillir. Elle était spécialisée dans la production vidéo et dans l’image de synthèse, une activité que je pratiquais déjà en amateur.
Au début j’étais chargé de programmer des outils de conversion de fichiers, puis très vite, je fus amené à travailler sur des stations de travail « Silicon Graphics ». A l’époque, ces machines étaient très réputées dans le domaine de l’infographie 3D. J’étais vraiment impressionné de pouvoir travailler sur de telles « bécanes ».
Quelques semaines après mon arrivée, une opportunité se présenta : une infographiste souhaitait partir, ce qu’elle fit un mois plus tard. Comme j’avais largement eu l’occasion de faire mes preuves et qu’elles avaient été convaincantes, le patron me choisit pour la remplacer ; je réalisais alors mon rêve : gagner ma vie en exerçant ma passion ! J’ai ainsi occupé un poste d’infographiste durant 3 ans. J’ai beaucoup appris et aussi beaucoup travaillé. Je ne comptais plus mes heures, à tel point que je commis l’impair d’abandonner une nouvelle fois mes études. Je considérais que ce n’était pas vraiment grave puisque désormais j’exerçais un métier qui me plaisait vraiment.
La poursuite de l’aventure en freelance
J’ai décidé ensuite de proposer des prestations d’infographie et de développement en freelance.
Au bout de 6 ans, n’ayant pas la fibre commerciale, mon affaire périclitait. De plus, comme je travaillais chez moi, ma vie personnelle était rythmée par mes projets. Paradoxalement, être indépendant ne procure pas davantage de liberté : Il faut en permanence trouver de nouveaux contrats et on ne sait jamais quand les projets vont tomber. Lorsqu’on aspire à une vie de famille sereine et bien réglée, on choisit de faire autre chose.
Je décidai donc de me tourner davantage vers le développement de logiciels, mais cette fois, en tant que salarié. Je réalisai alors l’erreur que j’avais commise en abandonnant les cours du soir. Sans diplôme, quelle que soit votre expérience, les recruteurs ne daignent même pas regarder votre CV.
Heureusement, j'avais encore l’occasion de réintégrer mon IUT. Les modules que j’avais déjà passés étaient encore valides, je pouvais terminer ma formation. Je m’inscrivis donc une troisième fois à l’université avec cette fois la ferme intention d’aller jusqu’au bout. En attendant, il me fallait trouver d’urgence un nouveau job.
Le retour à une vie de salarié
Mon expérience dans l’infographie me permit de décrocher un poste de dessinateur industriel dans une entreprise de métallurgie. Au bout d’un an et demi, je fus licencié pour raison économique.
Heureusement, cet événement coïncidait avec l’obtention de mon DUT. Je pus enfin chercher légitimement du travail auprès des sociétés d’informatique. J’en trouvai une spécialisée dans le développement d’applications multimédias, une autre de mes passions. Je postulais et fus embauché comme développeur. Ce fut une expérience enrichissante à tous points de vue ; l’entreprise était une startup et les méthodes de travail n’étaient pas encore bien rodées mais les projets étaient intéressants et l’équipe vraiment sympathique. L’aventure dura ainsi près de 2 ans jusqu’au jour où je fus une nouvelle fois licencié pour raison économique. Peu importait, car avec cette expérience supplémentaire, je savais que je pouvais rebondir.
L’aboutissement de tant d’efforts
2 mois plus tard, j’obtins le poste que j’occupe encore aujourd’hui : « ingénieur en développement » chez un éditeur de logiciels. A dire vrai je ne sais toujours pas si c’est mon expérience ou le salaire remarquablement bas pour un ingénieur qui a motivé mon embauche.
En effet, comme je l’ai mentionné plus haut, je suis loin d’être un expert de la négociation. De plus, n’ayant pas le diplôme d’ingénieur à faire valoir, je me suis certainement dévalué.
Toujours est-il que je fus choisi par les décideurs de l’entreprise et que c’était la seule chose qui m’importait à ce moment là ;je me disais qu’in situ, je pourrai faire mes preuves et négocier une augmentation méritée. Mais les choses ne sont pas si simples. Aujourd’hui, 3 ans plus tard, je suis enfin parvenu à convaincre mon employeur que mon travail valait celui de mes collègues diplômés. Mon manager a été d’un grand soutien dans cette démarche. Il a su reconnaître et défendre mes qualités.
Pour conclure, je suis heureux aujourd’hui d’exercer un métier qui me passionne. Je n’ai pas toujours été bien inspiré dans mes décisions pour y parvenir mais au final, mes expériences négatives m’aident aujourd’hui à apprécier ma situation actuelle. Je me dis parfois que la poursuite de mes études m’aurait certainement simplifié la vie. Le diplôme est très important dans notre société pour décrocher un emploi. Je trouve simplement dommage qu’il soit utilisé trop souvent comme seul critère discriminant lors d’une pré ou post-embauche.
A fonction et expérience égales, le salaire devrait être le même pour toutes et pour tous.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire